Grace Kelly.

 

(8) 1951 : Grace Kelly à Hollywood.

"Le Train sifflera trois fois" et "Mogambo".

1951 : Hollywood lui fait enfin signe. Elle est choisie par Henry Hathaway pour un second rôle dans sa première production cinématographique intitulée Fourteen Hours. L’histoire ? Au cours de sa ronde, un agent de police aperçoit sur la corniche d’un immeuble new-yorkais un jeune homme prêt à se suicider. Il entreprend une discussion avec lui pour l’en dissuader. Après quatorze heures de patience, il finit par le convaincre de renoncer à son funeste projet, mais un projecteur allumé par inadvertance provoque sa chute. Aux côtés de Grace Kelly, trois vedettes : Paul Douglas, Debra Paget et Barbara del Geddes. Malgré la bonne volonté des acteurs, le film est un échec commercial cuisant.

Fourteen Hours (1951)

 

Dans la mecque du cinéma, Grace retrouve son oncle George, homme sensible et talentueux auquel elle porte une grande affection. « Il fut l’un des hommes les plus extraordinaires que j’aie rencontrés et l’une des seules personnes au monde qui osa contredire mon père », confiera-t-elle plus tard. George pourtant tente de la dissuader de devenir actrice. Il lui explique qu’elle arrive au moment où les grands studios se meurent, avec leurs cortèges de vedettes en permanence sous contrat. Il la prévient qu’elle va manger durant de longs mois voire de longues années de la vache enragée. Mais sa nièce est déterminée à réussir.

Quelques semaines après son arrivée, la jeune fille de Philadelphie demande à Rita Gam de partager son appartement. Comme Grace, la brune et mystérieuse Rita a fait ses classes à New York. Les deux comédiennes resteront amies pour la vie. « Elle avait beaucoup de chevaliers servants et de boy-friends », se souvient ainsi Rita. Et de rappeler l’étonnant sens d’à-propos de sa colocataire d’alors : « Nous avons été invités par deux célibataires à ce qui devait se transformer en un dîner équivoque. L’éclairage s’est soudain affaibli. J’ai proposé de partir. Grace m’a dit : “Attendons jusqu’au dessert. Il est peut-être bon !” »

À cette ingénue qui n’a pas encore fait ses preuves, aucun studio n’est prêt naturellement à faire un pont d’or. Mais elle est là et correspond à la jeune fille belle et pure qu’un producteur recherche pour donner la réplique à Gary Cooper dans une production intitulée Le Train sifflera trois fois. Le public est conquis par le film de Fred Zinneman qui est un succès immédiat et énorme : Cooper remporte un oscar et Grace Kelly devient la coqueluche des journaux qui parlent d’elle comme de la nouvelle révélation des année 1950. Pourtant, Grace n’est pas totalement satisfaite de sa performance. À tort, estime Katy Jurado, sa partenaire dont ce sont aussi les débuts à Hollywood. « Elle avait un véritable tempérament, martèle la comédienne. Elle travailla dur sur ce film. Elle désirait devenir quelqu’un dans ce métier. Elle savait ce qu’elle voulait. »

Le Train sifflera trois fois (1952).

Paradoxalement, les studios d’Hollywood ne lui font pas de propositions pour la retenir en Californie. Grace retrouve donc Broadway et se remet au travail. Il lui faut attendre plusieurs mois avant que les professionnels californiens se rappellent à son bon souvenir. Pour les vieux routiers de la pellicule, la jeune comédienne correspond à la femme angélique qui vient contre balancer l’éternelle tentatrice au passé toujours chargé. Son apparence de bourgeoise altière de la Côte Est les séduit, avec tout ce que cela comporte de réserve, de sang froid, et de ténacité. Comme on l’écrira plus tard : elle rassure les épouses tout en faisant rêver les maris. Une vision certes manichéenne mais qui fera le succès de Grace.

Mogambo (1953) (En compagnie d’Ava Gardner).

La comédienne anticipe-t-elle précisément ce qu’elle va réellement devenir ? Comme l’exigent les pratiques de l’époque, la Metro-Goldwyn-Mayer lui fait signer un contrat de sept ans, à raison de sept cent cinquante dollars par semaine. Sa première production ? Mogambo sous la direction de John Ford dont l’action se déroule au Kenya. Grace est ravie de faire un aussi beau voyage en Afrique équatoriale. Fidèle à ses habitudes, elle s’installe sur le plateau avec son tricot et un appareil photo à portée de main. Son partenaire est Clark Gable avec lequel on lui prêtera un flirt loin des caméras. « J’ai entendu dire qu’avec vous deux, l’Afrique était encore plus chaude qu’avant », se croira obligée se susurrer la perfide commère Hedda Hopper. « Seigneur, je suis assez vieux pour être son père ! », tiendra à répliquer sans attendre le célèbre acteur.

Sources :  La saga Monaco de Bernard Violet (Flammarion 2002)

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